Tanja et les paysages intérieurs

En Finlande au mois de juin, le soleil se lève à 03 heures et se couche à minuit.
Au mois de décembre, il se lève à 10 heures et se couche à 15 heures.
Tanja elle, se couche à 05 heures du matin et se lève à 15 heures.
Elle vit sous les lumières artificielles, voit le monde en négatifs.
Emotions noires sur nuits blanches.
Elle sait pourtant qu’il faudrait se lever. Se forcer à prendre l’air. Profiter du
paysage, si calme, si vaste, si beau. Pas de drame, pas de bruit, même pas de
pauvres ici. Un pays modèle. La chance.
Il faudrait s’en souvenir pour rester en surface. Faire la planche. La planche pas le mort.
Respirer. Moins vite. Même quand les angoisses palpitent dans ses veines. Elle les sent dans ses tempes faire de la résistance.
« Il n’y a pas de raison d’aller mal ».
Bien sûr on peut toujours en trouver. Accuser le soleil qui hiberne, l’ennui,
l’envie de celle qui est partie… Mais au fond, Tanja ne trouve pas la cause qui la
cloue au lit. En faut-il une pour justifier la dépression?
Elle s’efforce de bouger les bras pour ne pas s’enfoncer. L’eau comme le
matelas pourrait l’avaler. Regarder dehors. Cet espace immense. Intérieur,
extérieur. Et elle, flottante au milieu. A la frontière du paysage.
En décembre dernier, Tanja a été hospitalisée. Quatre mois en psychiatrie,
jusqu’au printemps.
Seins dressés pour ne pas boire la tasse, elle est, depuis, à l’équilibre. Immobile,
elle observe ses paysages intérieurs en attendant d’y remettre de la couleur.

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