Séries

VOIE/X (en Mauritanie)

Après avoir lu le site de l’ambassade, le classement en zone rouge, les risques d’attentats et d’enlèvements annoncés, je suis entrée en Mauritanie sur la pointe des pieds. Sans voile, mais avec le voile de la peur devant les yeux. C’était la première fois que je me rendais dans une République Islamique. La réalité a vite remis les choses à leur place. Le plus grand risque encouru ici est de se prendre un grain de sable dans l’œil. Ou un coup de foudre. BAM. Dans la rétine.

Dès les premiers pas hors de l’avion, c’est d’abord cette poussière qui m’a sauté aux yeux, au nez. Dans les interstices des fenêtres, les plis des vêtements, dans les cheveux, les oreilles, les narines… Elle s’insinue partout et pose un filtre ocre sur le paysage. Comme pour s’en extraire, s’en différencier, les couleurs des tissus, des peaux et des coiffes éclatent, sans nuance. C’est qu’il faut exister ici. Trouver comment rester debout quand la nature veut nous avaler. Nouakchott est construite sous le niveau de la mer et chaque année de nouveaux quartiers sont inondés. Les dunes bougent, avancent, ensevelissent. Et le désert, omniprésent, fait résonner les voix dans le vide.

Dans les villages, les klaxons des vieilles Mercédès, les hennissements des ânes sur lesquels les bâtons s’abattent, les cris des nuées d’enfants et le sifflement du vent forment un chœur cacophonique. Comme une horloge, les chants des muezzins se font bien entendre cinq fois par jour depuis leurs haut-parleurs perchés. Mais les autres, les gens du ras-du-sol, comment font-ils pour être écoutés ?
Comment être artiste dans un pays sans cinéma, sans salle de spectacle, sans galerie d’art ?
Comment être artiste dans un pays où la charia est loi et où l’islam classe les formes d’art entre celles qui sont haram et celles qui ne le sont pas ? Ne pas faire d’ombres, ne pas représenter, ne pas provoquer. NE PAS. Au milieu de toutes ces négations, comment exister ?

Le projet VoiE/X ne répond pas à ces questions, il les soulève à travers des portraits où chaque artiste raconte la naissance de sa vocation puis cherche sa place dans un décor qui le dépasse. Un décor grand angle mais pourtant trop petit pour lui. Un décor en forme de sens interdit. 

VOIE/X (en Papouasie Nouvelle Guinée)

TANJA.  

Série réalisée en Finlande en 2014.

En Finlande au mois de juin, le soleil se lève à 03 heures et se couche à minuit.
Au mois de décembre, il se lève à 10 heures et se couche à 15 heures.
Tanja elle, se couche à 05 heures du matin et se lève à 15 heures.
Elle vit sous les lumières artificielles, voit le monde en négatifs. Émotions noires sur nuits blanches.
Elle sait pourtant qu’il faudrait se lever. Se forcer à prendre l’air. Profiter du paysage. Pas de drame, pas de bruit, même pas de pauvres ici. Un pays modèle. La chance. Il faudrait s’en souvenir pour rester en surface. Faire la planche. La planche pas le mort.
Respirer. Moins vite. Même quand les angoisses palpitent dans ses veines. Elle les sent dans ses tempes faire de la résistance.
« Il n’y a pas de raison d’aller mal ».
Bien sûr on peut toujours en trouver. Accuser le soleil qui hiberne, l’ennui, l’envie de celle qui est partie… Mais au fond, Tanja ne trouve pas la cause qui la cloue au lit. Elle s’efforce de bouger les bras pour ne pas s’enfoncer. L’eau comme le matelas pourrait l’avaler. Regarder dehors. Cet espace immense. Intérieur, extérieur. Et elle, flottante au milieu.
À la frontière du paysage.

En décembre dernier, Tanja a été hospitalisée. Quatre mois en psychiatrie, jusqu’au printemps.
Seins dressés pour ne pas boire la tasse, elle est, depuis, à l’équilibre. Immobile, elle observe ses paysages intérieurs en attendant d’y remettre de la couleur.

J’ai rencontré Tanja cet été à Helsinki. Elle m’a accueillie chez elle. J’ai ensuite sillonné la Finlande pour reconstituer son puzzle intérieur en images. Ces forêts, ces lacs, ces chalets et ces feux, ce sont ses particules élémentaires.
Pour la première fois, j’ai photographié en noir et blanc. Je voulais voir comme elle. Et poser cette question : Sommes-nous les miroirs des espaces qui nous entourent ?

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La série Tanja ou les paysages intérieurs a été exposée au centre culturel de Ville d’Avray (92) au mois de mai 2015. Elle a également inspiré la création du clip Landscape Escape.

QUI A TUE JACQUES PREVERT ?

Série photos-textes réalisée en 2013, parus en 2014 dans le livre éponyme. 

Je suis passée devant mon école primaire.
De l’extérieur, il m’a semblé que des carreaux étaient cassés.
J’ai escaladé la grille et l’ai retrouvée éventrée.
À l’abandon.
Au fil des pas, les souvenirs ont ranimé chaque salle, chaque couloir de l’école Jacques-Prévert.
Vingt ans plus tard, rien n’a changé, ou presque.

La série a reçu le prix Coup de coeur de la Bourse du Talent Reportage.

Exposition des images à la BNF de décembre 2013 à février 2014, performance à la Galerie W (Paris 18ème) en janvier 2014, exposition à la MEP de Lille en mai 2014 et présentation in situ sur les grilles de l’école Jacques Prévert à Saumur en juin 2015.

frise BD

Je t’aime [maintenant]

La série est parue dans le livre éponyme (sorti aux éditions Michalon en 2012).
Un voyage dans le temps, à la rencontre des 24 personnes aimées depuis l’enfance.

Portraits random

3 commentaires

  1. Bonjour Sandra. Elles sont pleines de couleurs et de vie ces photos ! Bravo. Est-ce que vous en faite des tirages ? Je verrai bien une de ces fenêtres de lumière chez moi 🙂
    Bon chemin,
    André

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